
Rechercher sur le site
Service de visa Service de traduction Apprendre le chinois ![]() Formation Articles ![]() |
La Chine : bulle ou révolution ?
Le principal pays bénéficiaire du 11 septembre 2001 aura certainement été la Chine. En effet, focalisés sur le Moyen Orient, les " diables étrangers " ont détourné leur regard de l'empire du milieu. Ce répit de quelques années aura permis aux han de dépasser un seuil critique d'insertion au sein des échanges mondiaux. Aujourd'hui, les économies sont à ce point imbriquées que le phénomène chinois par les volumes de marchandises, de capitaux et d'échanges impliqués impacte l'ensemble de l'économie mondiale. Le potentiel de croissance de la Chine parait tel que les grands équilibres et rapports de forces mondiaux semblent en passe d'être durablement déstabilisés. Par ses contradictions et l'impénétrabilité de sa culture, l'empire du milieu apparaît comme complexe, illogique, irrationnel et en définitive anxiogène. Pour faire face, nos réflexes culturels cartésiens nous poussent à l'analyse suivant des conceptions déterministes.
Eric Izraelewicz : éditorialiste, les Echos
André Chieng : président-directeur général d'Asiatique européenne de commerce, vice-président du Comité France-Chine
Jean-Martin Folz : président du directoire de PSA Peugeot-Citroën
Franck Riboud : président-directeur général de Danone
Patrice Zygband : président d'AT Kearney
UN EMPIRE INCOMPARABLE AU CŒUR DE L'IMPERMANENCELa Chine n'est pas seulement incomparable par le brillant de son passé, ses inventions ou son art, elle l'est aussi par le fait que les conceptions philosophiques fondatrices de la société chinoise, matrices des mentalités et donc motrices de son développement actuel, sont tellement singulières qu'elles ne peuvent être comparées à aucun modèle.
Les contradictions sources des possibles.Les travaux occidentaux modélistes appliqués à la Chine, fondés sur des lois permanentes intelligibles grâce à l'étude de situations passées, se révèlent généralement faux. L'intelligence chinoise des situations nécessite donc de bien comprendre les contradictions fondamentales sans les remettre en cause et d'agir à très court terme aux mieux de ses intérêts, tout en respectant l'harmonie sociale. Il s'agit là de la source des capacités d'anticipation et de réaction chinoises. Elles sont susceptibles de se révéler stupéfiantes. Elles faussent nos modèles, nos inductions, nos déductions. La Chine est donc incomparable dans la mesure ou elle ne peut être comparée à aucun modèle de développement. Elle constitue à elle seule un mode de croissance économique engendré par une culture brillante. Celle-ci fondée sur le réseau, le flux, l'échange mais aussi l'harmonie était assez éloignée du strict taylorisme industriel. Elle est de plus en plus en phase avec le village informationnel mondial. Les concepts de bulle ou de révolution impliquant tout les deux des déterminismes économiques ou sociaux sont donc radicalement différents des modes de représentation chinois. La transformation actuelle de la Chine s'apparente plutôt à une stratégie de développement économique au sein de l'impermanence du monde contemporain. Le parti communiste stratège de l'hypercapitalisme.Sun Tzu compare la stratégie à l'eau qui, tout en s'adaptant aux conditions changeantes, demeure en son essence même. La stratégie chinoise de conservation de l'état apparaît comme l'archétype de ce précepte. LA STRATEGIE DES GROUPES FRANÇAIS AU SEIN DE L'IMPERMANENCE CHINOISE.Dans un tissu culturel aussi complexe, difficile et contradictoire, PSA et Danone font figures de précurseurs. Pourtant selon le mot de Franck Ribou : la Chine " ça n'est pas l'eldorado ", en effet dans le cadre d'un marché piégeux, où les facteurs clés de succès ne sont pas ceux attendu, il convient d'être bien accompagné. Si le taux d'équipement automobile était le même en Chine qu'en Europe occidentale le marché mondial doublerait. Ce type de raisonnement constitue un piège. En effet, la Chine est une véritable mosaïque de marchés de toutes tailles au sein desquels les consommateurs ne possèdent qu'un pouvoir d'achat souvent faible. Pénétrer ces marchés nécessite d'instituer une politique tant commerciale qu'industrielle différenciée à l'origine de nombreux surcoûts. Dans cette optique, les problématiques logistiques sont particulièrement complexes, ainsi 80% des ventes du groupe Danone s'effectuent " à l'étalage ", la distribution du produit est donc le fait de 15 000 détaillants grossistes dont il faut pouvoir cordonner l'action. A cela s'ajoute le fait que ces différents marchés sont extrêmement mouvants et en constante évolution, ils peuvent très rapidement se révéler favorables comme extrêmement difficiles. PSA a profité du fait que, lié à l'émergence de la classe moyenne, le segment des petites et moyennes voitures pour particulier est passé en quelques années de 33 à 70% du marché global. Pourtant seulement 2 140 000 automobiles ont été vendues en Chine en 2003 ce qui, en valeur absolue est comparable au marché français. Cependant, comme la croissance dudit marché de l'automobile a été de 63% en 2003 par rapport à 2002 et de 40% en 2002 par rapport à l'année précédente, la Chine est, semble-t-il, un peu trop apparue comme un pays de cocagne. Ainsi, on y compte à l'heure actuelle 38 constructeurs automobiles. Il s'agit tant des groupes internationaux que des petits et moyens constructeurs locaux à l'actionnariat majoritairement constitué d'entités publiques territoriales, donc moins intéressé par la rentabilité que par la conquête de nouveaux consommateurs. La résultante en est que tous les grands constructeurs perdent des parts de marché. Ce fait combiné à la baisse des prix résultant de l'intensité concurrentielle entraîne une baisse des marges mensuelles, même si celles-ci restent supérieures à celles de l'année précédente. Prospérer sur des marchés certes très conséquents mais aussi très difficiles nécessite de pouvoir utiliser au mieux les avantages comparatifs chinois or ceux-ci ne sont pas toujours ceux que l'on croit. Un autre exemple est encore plus représentatif, un occidental cherchait un partenaire chinois capable de fabriquer des tubes en cuivre de faible épaisseur. A priori, l'empire du milieu n'offrait aucun avantage dans la mesure où le cuivre ne constitue pas une matière première extraite localement et que la technologie nécessaire impliquait des machines japonaises ou allemandes très coûteuses. Pourtant, deux usines ont eu la capacité de les produire à des coûts de 25% inférieur à ceux du concurrent nippon, car extrêmement fragiles ces tubes nécessitaient une manutention minutieuse et surtout un emballage spécifique que les Chinois étaient capables de fournir à bien moindre prix.
D'une manière plus générale, l'efficacité d'une entreprise ne se résume plus aux seules charges de main d'œuvre, celle-ci ne représentant que 6 à 8% du chiffre d'affaires. C'est la productivité globale qui est essentielle. Or, précisément du fait de conceptions culturelles visant à tirer un profit global des contradictions les Chinois sont maîtres en la matière. Là réside leur véritable valeur ajoutée. L'efficacité, d'une implantation en Chine demande donc au moins le temps de l'optimisation des relations émanant du guanxi, la rentabilité globale de l'investissement en dépend. Il y a quelques années la plus forte croissance de Danone venait de l'Asie mais les marges demeuraient inférieures à la moyenne du groupe, aujourd'hui la situation est inversée. Outre l'effet taille, on peut caractériser ce phénomène comme " la courbe d'apprentissage chinoise " dont une bonne part tient au développement des liens issus du guanxi. L'IMPERMANENCE CHINOISE, PERIL EN OCCIDENT ?Si les déséquilibres engendrés par la Chine peuvent prêter à inquiétude dans le cadre des grands équilibres économiques mondiaux. En revanche l'impact des délocalisations apparaît à l'heure actuelle surestimé, c'est plutôt la moindre exposition de l'économie française à l'ouverture de l'empire du milieu qui constitue le véritable problème. La grande peur occidentale.Dans l'histoire économique moderne, il n'est pas de cas où un pays a pu tenir aussi longtemps un tel rythme de croissance, or les déséquilibres sociaux sont gigantesques et le taux de créances douteuses dans les banques particulièrement élevé (40%). Cette triple conjonction incite un certain nombre d'observateurs à prévoir l'éclatement d'une " bulle ", comparable à celle d'Internet. Pourtant, du fait de ses spécificités, le pays semble peu exposé. En effet, la Chine reste un état administré dont la technostructure est très compétente. De plus, les besoins sont tels que si véritablement la situation économique chinoise se trouvait dans une telle phase, le sommet de celle-ci serait loin d'être atteint. Dans l'immobilier, à Shanghai le mètre carré de logements de luxe n'est que de 1 000 $ il était à 10 000 $ à Hong Kong au sommet de la bulle immobilière en 96-97. En revanche si les risques d'éclatement d'une " bulle " sont très faibles, ceux liés aux difficultés de prévision, du fait même que les modèles économiques traditionnels ne sont que peu concluants, sont réels. Or de tels phénomènes dans la mesure où les volumes en jeux sont considérables, impactent l'ensemble de l'économie mondiale. Ainsi l'évolution du marché de l'automobile est particulièrement difficile d'où de forts risques de surcapacité ou à l'inverse de souscapacité. La grande majorité des secteurs industriels se heurte au même problème. D'une façon plus immédiate, une déstabilisation globale des marchés mondiaux des matières premières est extrêmement probable. Cela concerne aussi bien l'acier que, d'une façon plus inattendue, l'eau en raison notamment des problèmes de pollution. D'ores et déjà les marchés pétroliers mondiaux sont affectés par la croissance chinoise comme le démontre la cotation actuelle du baril de brent. Aujourd'hui la Chine consomme 8% de la production mondiale de pétrole, cette part augmente de 4% en rythme annuel, alors que l'empire du milieu ne dispose que de 2% des réserves mondiales. La situation, est certes moins inquiétante en ce qui concerne le gaz naturel mais elle n'en demeure pas moins préoccupante à moyen et long terme. Si la Chine en produit 34 milliards de mètres cubes et devrait avoir les capacités d'en produire 120 à l'horizon 2020, parallèlement la consommation chinoise devrait, elle passer de 30 à 200 milliards de mètres cubes. Pour faire face, les autorités ont lancé un vaste programme nucléaire prévoyant la construction annuelle de capacité de production de 25 000 Méga Watt c'est à dire le quart du parc nucléaire Français, le but est d'atteindre les 800 000 Méga Watt dans les 9 ans. On constate une augmentation de 10% de la consommation d'électricité par an, sachant que seulement 80% de la production est réellement utilisée. Par ailleurs des recherches ont été entamées sur les véhicules non polluants. Dans ce cadre là encore, la difficulté demeure de pouvoir faire des prévisions. Dans quelle mesure, à moyen terme, les efforts énergétiques permettront-ils de compenser les déséquilibres mondiaux entraînés par l'actuel développement économique de la Chine ? Il est extrêmement difficile d'y répondre et c'est un véritable défit pour l'occident de s'y préparer. Les conséquences risquent d'être plus graves pour la France que celles des actuelles délocalisations. Quand la France s'éveillera...2/3 des emplois qui existaient dans le secteur du jouet ont disparu de France au profit de la Chine. De telles annonces, même si elles sont exactes, ont tendance à renforcer la suspicion à l'égard du pays sans que le danger soit véritablement fondé, du moins dans l'immédiat. Les phénomènes de délocalisation ne sont pas nouveaux et surtout ils ne sont pas aussi massifs que la presse le laisse penser. Il n'y a pas ou très peu de relation de cause à effet entre le taux de croissance de la Chine et la courbe du chômage des pays développés dans la mesure où seulement 4% des investissements mondiaux concernent la délocalisation. En ce qui concerne les produits moins manufacturés la réponse est moins évidente, mais néanmoins elle n'est pas alarmiste. Selon une étude menée par Asiatique Européenne de Commerce, sur 3 000 fabricants chinois de matériel d'écriture seulement 20 à 30 usines sont capables de vendre sur les marchés extérieurs, seules 5 sont capables d'avoir une stratégie mondiale et uniquement 2 de figurer un jour parmi les leaders mondiaux. La véritable difficulté réside dans le fait que la France exporte 2 fois moins que la Corée, quatre fois moins que l'Allemagne et 7 fois moins que le Japon en Chine. VERBATIM
Erik IZRAELEWICZ : "l'empire du milieu se trouve aujourd'hui au milieu de l'économie mondiale".
André CHIENG : "le principal piège que la chine tend aux marchés occidentaux reste de faire croire que ses avantages concurrentiels résident dans le faible coût de sa main d'œuvre".
Jean-Martin FOLZ : " Dans le secteur automobile la Chine tourne sur elle-même et tournera sur elle-même pendant encore plusieurs années ".
Franck RIBOUD : "Il faut bien prendre garde à ne pas se laisser envoûter par la Chine, sinon 80% des sommes qu'on s'autorise à investir seraient destinées à l'empire du milieu ".
Patrice ZYGBAND : "A l'heure actuelle 60% des bons du trésor américains sont placés en Asie".
Source : httphttp://www.medef.fr/staging/site/page.php?pag_id=34049 |
Chine-Entreprises.com © 2006 -Tous droits réservés