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Le principal pays bénéficiaire du 11 septembre 2001 aura certainement été la Chine. En effet, focalisés sur le Moyen Orient, les " diables étrangers " ont détourné leur regard de l'empire du milieu. Ce répit de quelques années aura permis aux han de dépasser un seuil critique d'insertion au sein des échanges mondiaux.

Aujourd'hui, les économies sont à ce point imbriquées que le phénomène chinois par les volumes de marchandises, de capitaux et d'échanges impliqués impacte l'ensemble de l'économie mondiale. Le potentiel de croissance de la Chine parait tel que les grands équilibres et rapports de forces mondiaux semblent en passe d'être durablement déstabilisés. Par ses contradictions et l'impénétrabilité de sa culture, l'empire du milieu apparaît comme complexe, illogique, irrationnel et en définitive anxiogène. Pour faire face, nos réflexes culturels cartésiens nous poussent à l'analyse suivant des conceptions déterministes.
On parle à la fois de " bulle " ou de " révolution ". Or, ces concepts sont mal adaptés aux mentalités chinoises modelées par une culture riche et raffinée. Celle-ci, malgré la tentative de révolution maoïste, n'a jamais pu être annihilée. Il est crucial de comprendre que la Chine ne peut être comprise… tout du moins selon les logiques occidentales. Seule l'appréhension globale de sa nébuleuse culturelle peut fonder une stratégie industrielle, ou permettre d'évaluer les risques et les potentialités chinoises pour nos économies, nos emplois et nos conceptions de la société.

Eric Izraelewicz : éditorialiste, les Echos
André Chieng : président-directeur général d'Asiatique européenne de commerce, vice-président du Comité France-Chine
Jean-Martin Folz : président du directoire de PSA Peugeot-Citroën
Franck Riboud : président-directeur général de Danone
Patrice Zygband : président d'AT Kearney

UN EMPIRE INCOMPARABLE AU CŒUR DE L'IMPERMANENCE

La Chine n'est pas seulement incomparable par le brillant de son passé, ses inventions ou son art, elle l'est aussi par le fait que les conceptions philosophiques fondatrices de la société chinoise, matrices des mentalités et donc motrices de son développement actuel, sont tellement singulières qu'elles ne peuvent être comparées à aucun modèle.

Les contradictions sources des possibles.

Les travaux occidentaux modélistes appliqués à la Chine, fondés sur des lois permanentes intelligibles grâce à l'étude de situations passées, se révèlent généralement faux.
La structure de la balance commerciale chinoise est basée à 50% sur les exportations vers les Etats-Unis et le Japon. Or en 2002 ces deux pays étant en récession, la grande majorité des analystes prévoyaient une situation commerciale extérieure chinoise difficile. Elle a été excédentaire de 30 milliards de dollars.
Les mentalités han sont structurées selon les représentations taoïstes du Ying et du Yang. Chacun de ces principes est engendré au sein de son antinomie, de leurs interactions constantes naissent les mouvements universels, transformateurs, sources d'énergie ou d'asthénie. Nos mentalités occidentales appréhendent la contradiction comme une anomalie ou au mieux comme le second terme d'une dialectique qu'il convient de dépasser afin de découvrir des lois logiques permanentes. La contradiction est considérée en Chine comme la source même de l'impermanence qui engendre la marche du monde.

L'intelligence chinoise des situations nécessite donc de bien comprendre les contradictions fondamentales sans les remettre en cause et d'agir à très court terme aux mieux de ses intérêts, tout en respectant l'harmonie sociale. Il s'agit là de la source des capacités d'anticipation et de réaction chinoises. Elles sont susceptibles de se révéler stupéfiantes. Elles faussent nos modèles, nos inductions, nos déductions.
Dans cette optique, la comparaison de la Chine avec le Japon des années 1960 ou la Corée des années 1980, ne peut aboutir qu'à des fautes. Ces deux pays ont fondé leur développement sur une politique de conquête de marché extérieur, alors que la Chine vise avant tout à la satisfaction de son marché intérieur. Le Japon et la Corée ont encouragé la constitution de pôles d'excellence, alors que l'empire du milieu sans être excellent dans un petit nombre de domaines est relativement compétitif dans un grand nombre. En outre, le pays du soleil levant et celui du matin calme ont institué une protection du marché intérieur féroce, il est loin d'être impossible pour les firmes occidentales de s'implanter en Chine. Enfin le Japon et la Corée, ont promu la constitution de zaibatsu et autres chaebol c'est-à-dire des groupes géants alors que la Chine entretient une myriade de petites entreprises.

La Chine est donc incomparable dans la mesure ou elle ne peut être comparée à aucun modèle de développement. Elle constitue à elle seule un mode de croissance économique engendré par une culture brillante. Celle-ci fondée sur le réseau, le flux, l'échange mais aussi l'harmonie était assez éloignée du strict taylorisme industriel. Elle est de plus en plus en phase avec le village informationnel mondial. Les concepts de bulle ou de révolution impliquant tout les deux des déterminismes économiques ou sociaux sont donc radicalement différents des modes de représentation chinois. La transformation actuelle de la Chine s'apparente plutôt à une stratégie de développement économique au sein de l'impermanence du monde contemporain.

Le parti communiste stratège de l'hypercapitalisme.

Sun Tzu compare la stratégie à l'eau qui, tout en s'adaptant aux conditions changeantes, demeure en son essence même. La stratégie chinoise de conservation de l'état apparaît comme l'archétype de ce précepte.
La Chine est le seul empire à avoir traversé 22 siècles. La condition fondamentale en a été la résolution de problématiques de cohésion sociale. Au sein de cette société très inégalitaire, il a été institué dès le VI siècle des possibilités d'ascension sociale par les concours administratifs. Ceux-ci donnaient accès à une sphère de débats et de décision constituée par la classe des mandarins. A l'heure actuelle le parti communiste, qui ne comporte pas moins de 60 millions d'individus, s'apparente à cette sphère indispensable à l'unité de la Chine. Dans le cadre de l'impermanence constitutive du monde, le parti permet la permanence de l'Etat tout en favorisant l'hypercapitalime synonyme d'adaptation de la Chine au monde contemporain. Ce fait explique que c'est ce même parti communiste qui a été à l'origine de la répression de la place Tian'an Men en 1989, et, en 10 ans, le promoteur de la transformation du centre de Shanghai en une métropole capitaliste puissante à un degré tel que des bouleversements comparables auraient été impossibles dans les états occidentaux.
Outre les efforts d'infrastructures, l'état est stratège de l'avenir au sens chinois du terme, c'est-à-dire sans nécessairement comporter de connotation planificatrice rigide. Pour Sun Tzu, stratège d'entre les stratèges, il convient de concentrer des capacités d'agir souvent dans un avenir indéfini, à l'image d'un barrage que l'on ouvre au meilleur instant. Il en résulte un flux aquatique important pouvant venir bout de toutes les résistances. En ce sens le gouvernement chinois, émanation du parti communiste sans suivre un plan précisément déterminé, institue des potentialités de développement.
Les récents jeux olympiques en sont un bon exemple. La Chine à gagné 32 médailles d'or dans des disciplines aussi variées que le tir au pistolet à 10 mètres, le taekwondo, le 110 mètre haies ou encore le tennis féminin double. Pourtant, le Comité Olympique Chinois n'a pas sélectionné pour Athènes les meilleurs athlètes du moment, mais ceux qui seront susceptibles de l'être lors des jeux olympiques de 2008 à Pékin.
La démarche est comparable dans les domaines vitaux que sont la formation ou les hautes technologies. A l'heure actuelle ¼ des Phd américains sont accordés à des étudiants chinois. Ce fait peut paraître dangereux car il s'apparente à un phénomène de fuite des cerveaux. En outre, il est susceptible d'être à l'origine d'une remise en cause d'un régime totalitaire par des étudiants ayant l'expérience de la liberté. Le gouvernement chinois ne fait pas le même pari. Pour eux, quand le pays sera développé, du faits du poids des réseaux familiaux et d'intérêts, le guanxi, tous ces cerveaux ne mettrons pour revenir en Chine que…. environ 10 heures, soit le temps de voyage des côtes californiennes vers l'empire du milieu.
Ainsi dans un contexte fondamentalement mandarin, impliquant certes un fort développement économique, mais au sein de grandes incertitudes, investir en Chine en se fondant seulement sur les indicateurs prévisionnels habituels que sont le TIR, la VAN, ou l'IP peut s'avérer dangereux. En fait, la réussite passe par des pratiques typiquement chinoises fondées sur l'optimisation des potentialités. Certains groupes français ont ainsi connu des réussites spectaculaires.

LA STRATEGIE DES GROUPES FRANÇAIS AU SEIN DE L'IMPERMANENCE CHINOISE.

Dans un tissu culturel aussi complexe, difficile et contradictoire, PSA et Danone font figures de précurseurs. Pourtant selon le mot de Franck Ribou : la Chine " ça n'est pas l'eldorado ", en effet dans le cadre d'un marché piégeux, où les facteurs clés de succès ne sont pas ceux attendu, il convient d'être bien accompagné.
Après Volkswagen, PSA a été un des premiers constructeurs automobiles à s'implanter en Chine, aujourd'hui il représente 450 000 véhicules vendus et détient 4 à 5% du marché chinois. Cette expérience est suffisamment intéressante pour que le groupe introduise la marque Peugeot.
Pour Danone, la présence en Chine apparaissait comme une question de survie face à des concurrents internationaux réalisant un chiffre d'affaires quatre à cinq fois supérieur. Aujourd'hui l'empire du milieu représente 10% de ses ventes totales. Cet indicateur est en progression de 15% par an.
Pourtant ces deux réussites françaises ne signifient pas que le marché chinois soit aisé. Ces résultats sont à mettre en perspective avec ceux d'une grande marque américaine de soda qui a investi 500 millions de dollars en Chine au cours des 20 dernières années sans jamais retirer un cent de bénéfice.
Un marché à l'image de la Chine : immense, contradictoire et difficile.

Si le taux d'équipement automobile était le même en Chine qu'en Europe occidentale le marché mondial doublerait. Ce type de raisonnement constitue un piège. En effet, la Chine est une véritable mosaïque de marchés de toutes tailles au sein desquels les consommateurs ne possèdent qu'un pouvoir d'achat souvent faible. Pénétrer ces marchés nécessite d'instituer une politique tant commerciale qu'industrielle différenciée à l'origine de nombreux surcoûts. Dans cette optique, les problématiques logistiques sont particulièrement complexes, ainsi 80% des ventes du groupe Danone s'effectuent " à l'étalage ", la distribution du produit est donc le fait de 15 000 détaillants grossistes dont il faut pouvoir cordonner l'action.

A cela s'ajoute le fait que ces différents marchés sont extrêmement mouvants et en constante évolution, ils peuvent très rapidement se révéler favorables comme extrêmement difficiles. PSA a profité du fait que, lié à l'émergence de la classe moyenne, le segment des petites et moyennes voitures pour particulier est passé en quelques années de 33 à 70% du marché global. Pourtant seulement 2 140 000 automobiles ont été vendues en Chine en 2003 ce qui, en valeur absolue est comparable au marché français. Cependant, comme la croissance dudit marché de l'automobile a été de 63% en 2003 par rapport à 2002 et de 40% en 2002 par rapport à l'année précédente, la Chine est, semble-t-il, un peu trop apparue comme un pays de cocagne. Ainsi, on y compte à l'heure actuelle 38 constructeurs automobiles. Il s'agit tant des groupes internationaux que des petits et moyens constructeurs locaux à l'actionnariat majoritairement constitué d'entités publiques territoriales, donc moins intéressé par la rentabilité que par la conquête de nouveaux consommateurs. La résultante en est que tous les grands constructeurs perdent des parts de marché. Ce fait combiné à la baisse des prix résultant de l'intensité concurrentielle entraîne une baisse des marges mensuelles, même si celles-ci restent supérieures à celles de l'année précédente.

Prospérer sur des marchés certes très conséquents mais aussi très difficiles nécessite de pouvoir utiliser au mieux les avantages comparatifs chinois or ceux-ci ne sont pas toujours ceux que l'on croit.
Faux avantages concurrentiels et vrais réseaux stratégiques.
Le rapport entre le salaire horaire d'un ouvrier chinois non qualifié et celui de son homologue américain est d'un pour 72. Pour l'opinion publique occidentale, l'avantage concurrentiel de la Chine réside donc dans la faiblesse salariale de sa main d'œuvre.
Or, les conditions dans lesquelles évolue celle-ci ne permettent pas d'être aussi catégorique sur sa réalité en terme de bénéfices nets. D'une part, selon AT Kearney, du quintuple fait d'une moindre productivité, du niveau faible d'automatisation, des coûts de chaîne d'approvisionnement, des frottements entres les équipes locales et celles des sièges occidentaux et d'une moindre flexibilité liée à la distance, la déperdition de l'avantage des coûts de mains d'œuvre est d'environ 2/3.
D'autre part, au fur et à mesure que le pouvoir d'achat et la qualification monte l'avantage lié à la faiblesse des rémunérations diminue. Ainsi les salaires réels des dirigeants d'entreprises, des consultants ou des banquiers, sont presque équivalents à ceux des occidentaux. De fait, la faiblesse des coûts de main d'œuvre chinoise n'est certainement pas une donnée stratégique d'avenir. A l'heure actuelle les usines chinoises de Danone et de PSA apparaissent comme étant d'une modernité et d'un niveau d'automatisation au moins aussi important qu'en Occident.
Lié aux représentations taoïstes de la contradiction et de l'art d'en tirer profit, le véritable avantage concurrentiel qu'offre la Chine réside dans les possibilités de combinaison des facteurs. Par exemple, en Chine, les ventes par Internet connaissent une croissance très remarquable alors que précisément en Europe le rythme est bien moindre à cause des coûts de livraison. Ces mêmes coûts ne constituent pas un handicap pour les han car les produits commandés via des machines de hautes technologies s'effectue souvent …à bicyclette, voir en char à bœufs.

Un autre exemple est encore plus représentatif, un occidental cherchait un partenaire chinois capable de fabriquer des tubes en cuivre de faible épaisseur. A priori, l'empire du milieu n'offrait aucun avantage dans la mesure où le cuivre ne constitue pas une matière première extraite localement et que la technologie nécessaire impliquait des machines japonaises ou allemandes très coûteuses. Pourtant, deux usines ont eu la capacité de les produire à des coûts de 25% inférieur à ceux du concurrent nippon, car extrêmement fragiles ces tubes nécessitaient une manutention minutieuse et surtout un emballage spécifique que les Chinois étaient capables de fournir à bien moindre prix. D'une manière plus générale, l'efficacité d'une entreprise ne se résume plus aux seules charges de main d'œuvre, celle-ci ne représentant que 6 à 8% du chiffre d'affaires. C'est la productivité globale qui est essentielle. Or, précisément du fait de conceptions culturelles visant à tirer un profit global des contradictions les Chinois sont maîtres en la matière. Là réside leur véritable valeur ajoutée.
Pourtant ces possibilités ne sont pas toujours accessibles de prime abord aux occidentaux. En effet, le " guanxi ", c'est-à-dire le réseau personnel vécu comme un véritable art de vivre, historiquement fondé sur la famille s'étend aujourd'hui aux relations personnelles et surtout aux relations d'affaires. Chaque Chinois se trouve ainsi inséré dans un tissu de liens de solidarité dans le cadre duquel il peut faire valoir des droits informels en échange de quoi il est soumis à des obligations de réciprocité. Les han peuvent obtenir, par ce moyen, soutien et assistance. Ce phénomène est d'une telle importance, qu'il n'est possible ni d'élaborer, ni même d'imaginer conduire des projets importants en Chine sans avoir recours au guanxi.
C'est véritablement grâce à lui que la combinaison des facteurs, véritable avantage concurrentiel chinois, se réalise. Seul les Chinois peuvent le pratiquer et y avoir accès. Ce fait, explique une partie du succès de Danone et PSA. La firme agroalimentaire française n'emploi que 3 expatriés, la quasi totalité du management étant chinois. De même, la législation a imposé à PSA la création d'une Joint Venture détenue à 50% par une société chinoise de gestion de participations. Or, si à l'intérieur de celle-ci le constructeur français est maître des questions techniques, les questions sociales et d'une certaine façon sociétales sont clairement du ressort du partenaire chinois.

L'efficacité, d'une implantation en Chine demande donc au moins le temps de l'optimisation des relations émanant du guanxi, la rentabilité globale de l'investissement en dépend. Il y a quelques années la plus forte croissance de Danone venait de l'Asie mais les marges demeuraient inférieures à la moyenne du groupe, aujourd'hui la situation est inversée. Outre l'effet taille, on peut caractériser ce phénomène comme " la courbe d'apprentissage chinoise " dont une bonne part tient au développement des liens issus du guanxi.
En intégrant le jeu des rapports subtiles mandarins il est donc possibles de réussir en Chine, ces succès permettent des remontées financières au sein de l'Union européenne et le développement d'activités. Sous cet angle, l'éveil de la Chine apparaît comme extrêmement bénéfique. Pourtant, cette société si difficile à envisager est encore trop souvent perçue comme synonyme de péril économique.

L'IMPERMANENCE CHINOISE, PERIL EN OCCIDENT ?

Si les déséquilibres engendrés par la Chine peuvent prêter à inquiétude dans le cadre des grands équilibres économiques mondiaux. En revanche l'impact des délocalisations apparaît à l'heure actuelle surestimé, c'est plutôt la moindre exposition de l'économie française à l'ouverture de l'empire du milieu qui constitue le véritable problème.

La grande peur occidentale.

Dans l'histoire économique moderne, il n'est pas de cas où un pays a pu tenir aussi longtemps un tel rythme de croissance, or les déséquilibres sociaux sont gigantesques et le taux de créances douteuses dans les banques particulièrement élevé (40%). Cette triple conjonction incite un certain nombre d'observateurs à prévoir l'éclatement d'une " bulle ", comparable à celle d'Internet. Pourtant, du fait de ses spécificités, le pays semble peu exposé. En effet, la Chine reste un état administré dont la technostructure est très compétente. De plus, les besoins sont tels que si véritablement la situation économique chinoise se trouvait dans une telle phase, le sommet de celle-ci serait loin d'être atteint. Dans l'immobilier, à Shanghai le mètre carré de logements de luxe n'est que de 1 000 $ il était à 10 000 $ à Hong Kong au sommet de la bulle immobilière en 96-97.

En revanche si les risques d'éclatement d'une " bulle " sont très faibles, ceux liés aux difficultés de prévision, du fait même que les modèles économiques traditionnels ne sont que peu concluants, sont réels. Or de tels phénomènes dans la mesure où les volumes en jeux sont considérables, impactent l'ensemble de l'économie mondiale. Ainsi l'évolution du marché de l'automobile est particulièrement difficile d'où de forts risques de surcapacité ou à l'inverse de souscapacité. La grande majorité des secteurs industriels se heurte au même problème. D'une façon plus immédiate, une déstabilisation globale des marchés mondiaux des matières premières est extrêmement probable. Cela concerne aussi bien l'acier que, d'une façon plus inattendue, l'eau en raison notamment des problèmes de pollution. D'ores et déjà les marchés pétroliers mondiaux sont affectés par la croissance chinoise comme le démontre la cotation actuelle du baril de brent. Aujourd'hui la Chine consomme 8% de la production mondiale de pétrole, cette part augmente de 4% en rythme annuel, alors que l'empire du milieu ne dispose que de 2% des réserves mondiales. La situation, est certes moins inquiétante en ce qui concerne le gaz naturel mais elle n'en demeure pas moins préoccupante à moyen et long terme. Si la Chine en produit 34 milliards de mètres cubes et devrait avoir les capacités d'en produire 120 à l'horizon 2020, parallèlement la consommation chinoise devrait, elle passer de 30 à 200 milliards de mètres cubes. Pour faire face, les autorités ont lancé un vaste programme nucléaire prévoyant la construction annuelle de capacité de production de 25 000 Méga Watt c'est à dire le quart du parc nucléaire Français, le but est d'atteindre les 800 000 Méga Watt dans les 9 ans. On constate une augmentation de 10% de la consommation d'électricité par an, sachant que seulement 80% de la production est réellement utilisée. Par ailleurs des recherches ont été entamées sur les véhicules non polluants.

Dans ce cadre là encore, la difficulté demeure de pouvoir faire des prévisions. Dans quelle mesure, à moyen terme, les efforts énergétiques permettront-ils de compenser les déséquilibres mondiaux entraînés par l'actuel développement économique de la Chine ? Il est extrêmement difficile d'y répondre et c'est un véritable défit pour l'occident de s'y préparer. Les conséquences risquent d'être plus graves pour la France que celles des actuelles délocalisations.

Quand la France s'éveillera...

2/3 des emplois qui existaient dans le secteur du jouet ont disparu de France au profit de la Chine. De telles annonces, même si elles sont exactes, ont tendance à renforcer la suspicion à l'égard du pays sans que le danger soit véritablement fondé, du moins dans l'immédiat. Les phénomènes de délocalisation ne sont pas nouveaux et surtout ils ne sont pas aussi massifs que la presse le laisse penser. Il n'y a pas ou très peu de relation de cause à effet entre le taux de croissance de la Chine et la courbe du chômage des pays développés dans la mesure où seulement 4% des investissements mondiaux concernent la délocalisation.
Peu de risques donc de déferlante chinoise de biens de consommation évolués qui mettraient en péril l'industrie française, du moins à court terme. Le marché automobile en à ce titre représentatif. Malgré la faiblesse des coûts de main d'oeuvre, la construction en Chine de véhicules destinées aux marchés européens impliquerait l'importation du savoir faire et des composants ce qui entraînerait des surcoûts considérables surtout dans le cadre de séries extraordinairement courtes. Et si les Chinois produisent un grand nombre de véhicules destinés au marché automobile chinois, ceux-ci ne sont pas adaptés au marché occidental.

En ce qui concerne les produits moins manufacturés la réponse est moins évidente, mais néanmoins elle n'est pas alarmiste. Selon une étude menée par Asiatique Européenne de Commerce, sur 3 000 fabricants chinois de matériel d'écriture seulement 20 à 30 usines sont capables de vendre sur les marchés extérieurs, seules 5 sont capables d'avoir une stratégie mondiale et uniquement 2 de figurer un jour parmi les leaders mondiaux.
Aujourd'hui il a donc peu de danger de déferlante des produits chinois. Pourtant, à moyen et long terme, le risque n'est pas nul dans la mesure où les autorités chinoises instituent via la politique de formation internationale des potentialités d'élaboration de tels produits. La France dispose non seulement d'un répit pour se préparer, mais aussi de possibilités de connaissance du phénomène en termes de multiplication des partenariats commerciaux. Il s'agirait de repositionner l'économie hexagonale sur ses pôles d'excellence, ouvrant des potentialités d'exposition durable aux flux économiques chinois. Malheureusement il semble que la technostructure politique, économique et sociale nationale soit encore trop endormie.

La véritable difficulté réside dans le fait que la France exporte 2 fois moins que la Corée, quatre fois moins que l'Allemagne et 7 fois moins que le Japon en Chine.
Toutefois on peut avoir quelques espoirs du fait de l'avènement d'une classe moyenne qui représente 150 millions de consommateurs et d'une classe aisée de 20-25 millions de clients friands à divers degrés de produits de luxe, point fort de l'industrie française. De même, le développement du pays va entraîner un besoin certain d'infrastructures, autre pôle d'excellence national.
Il reste néanmoins à espérer que le potentiel d'augmentations des part d'exportations françaises sur le marché de l'empire du milieu fasse effet de prise de conscience du phénomène chinois tant en termes d'opportunités que de risques. Elles devront s'accompagner d'une véritable appréhension de la culture chinoise radicalement antinomique de celle forgée par Pascal et Descartes. Paradoxalement, la France possède ceci de commun avec la Chine qu'il est d'une grande difficulté de prévoir les délais de changement des mentalités. Pourtant. Danone et PSA ont d'ores et déjà montré la voie (au sens taôiste du terme ?). C'est là un chemin difficile, mais c'est le seul qui puisse véritablement être emprunté. Il est vraiment crucial, pour notre économie, nos emplois et nos modèles de société que quand la France s'éveillera véritablement et pleinement à la Chine, il soit encore temps d'agir.

VERBATIM

Erik IZRAELEWICZ : "l'empire du milieu se trouve aujourd'hui au milieu de l'économie mondiale".
André CHIENG : "le principal piège que la chine tend aux marchés occidentaux reste de faire croire que ses avantages concurrentiels résident dans le faible coût de sa main d'œuvre".
Jean-Martin FOLZ : " Dans le secteur automobile la Chine tourne sur elle-même et tournera sur elle-même pendant encore plusieurs années ".
Franck RIBOUD : "Il faut bien prendre garde à ne pas se laisser envoûter par la Chine, sinon 80% des sommes qu'on s'autorise à investir seraient destinées à l'empire du milieu ".
Patrice ZYGBAND : "A l'heure actuelle 60% des bons du trésor américains sont placés en Asie".

Source : httphttp://www.medef.fr/staging/site/page.php?pag_id=34049

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